Vision d'Automne

Marcel Puech était le cousin de ma femme. Il poursuivait une carrière militaire chez les 7ème Spahis,5ème escadron.

En octobre 1940, il était à Combromont-le-Petit, et subissait la guerre. 

Il cite Lamartine:

"Quand tout change pour toi,
La nature est la même"

Vision d'Automne

L'aube pâle s'éveille aux cris des laboureurs 
Et, dans les matins gris qu'enveloppe la brume,
Sous le soc qui gémit, un voile de vapeur
S'élève mollement de la terre qui fume.
A chaque feuille pend la perle de cristal
Détachée du manteau de la nuit fugitive,
La brise en l'effleurant irrise le métal
Du lac calme et profond où la vague est plaintive.
Bientôt, le brouillard glisse aux penchants du vallon,
Cache le lit d'argent de la source limpide.
Et le premier rayon venu de l'horizon,
Dore les grands sapins d'une flamme timide.
Sous la douce chaleur de cet or transparent?
Tout s'éveille: le vent frémit sur la bruyère,
L'aigle prend son essor, le merle en sautillant
Court des feuilles jaunies à la verte foougère.
Pour la dernière fois, les paisibles troupeaux
Broutent les derniers brins de leurs gras pâturages.
Leurs cloches aux sons clairs, le murmure des eaux,
Se mêlent aux accents vibrant dans les bocages.
Avant de s'endormir dans son calme sommeil,
De mille feux divers la futaie se colore,
Chacun semble paré d'un éclat de vermeil:
En ces derniers beaux jours, chaque nouvelle aurore
Qui, sous un ciel plus gris, s'éveille chaque jour,
Change chaque couleur en douces demi-teintes.
Seul, l'austère cyprès, mêl au brun des labours
Encore un peu de vie sur ces splendeurs éteintes.
Et, tandis que s'abat sur le monde en fureur
Un ouragan de feu, de sang et de misère,
Impassible et toujours muette en sa grandeur,
Après avoir donné tous ses fruits à la Terre,
la nature s'endort dans un repos vainqueur.
Certes, parfois les vents déchaînés sur ces faîtes
Altèrent un moment sa grâce et sa candeur,
Mais le calme revient après une tempête,
le ciel retroouve encor un immuable azur,
L'alouette son chant, la vague son murmure,
La feuille vernissée son lustre le plus pur,
Le ruisseau son flot clair et la fleur sa parure.

Mais quand l'Homme,épuisé en luttes téméraires 
Vers son oeuvre accomplie retournera les yeux
Il n'aura près de lui que deuils et que misères,
Des corps ensevelis , des âmes dans les cieux.

La Nature, insensible aux funestes efforts,
Alors l'écoutera pleurer sur tous ces morts. 

 

 


 

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